La chasse aux Auval de Pâques

J’habite loin. Sur le chemin de personne. Les gens du Bas diraient que je suis montréalais, mais ben honnêtement j’vais sur l’île que très rarement et me tiens plutôt loin de toute forme de pont qui traverserait (ou tenterait de traverser) le Saint-Laurent. Pas par dégoût ni par peur, mais par choix. Chus pas si loin, mais j’aime rester en contrôle de mes moyens. Quand j’conduis pis que j’prévois que ça va m’prendre 3 quarts d’heure aller quèqu’part, j’aime que ça me prenne 3 quarts d’heures y aller. Pas 4, ni 5, ni 6 fois le temps prévu pour cause de trafic imprévu! Et à titre de destination à trajectoire instable, à durée variable et à risque d’imprévu élevé, Montréal est sans aucun doute grande gagnante dans tout l’Québec. Bref, j’y vais l’moins souvent possible. Mais c’est pas ça la question. À l’ouest de Québec, il n’y a que 3 détaillants spécialisés qui offrent (occasionnellement lors de releases) de la bière de la brasserie Auval. Or, aucun ne se trouve près de chez moi puisque Saint-Jean-sur-Richelieu, c’est simplement sur le chemin d’aucun livreur. Eh non, on n’est sur le chemin de personne. Damn to ma ville! Bref, quand vient le temps de s’procurer d’la Sainte-bénite-de-bonne-bière telle qu’Auval sait en brasser, ben faut s’déplacer. Pis là j’vous entends arriver de loin avec vos « oui, mais toi t’as un tas d’autres sortes de bière de disponibles » et pis c’est ben vrai. On a tout de même accès à pas mal de stock dans mon coin, j’vous l’accorde. Mais quand un gars sait c’qu’y veut, y’a pas un fou pour le faire changer d’idée! (c’tu ben ça?)

Quoi qu’il en soit, en 2018 il existe fort heureusement des solutions technologiques qui nous permettent de tracker cette petite merveille en bouteille : tant qu’il y en a, car ça ne dure jamais bien longtemps. Et j’ai nommé : Untappd et le groupe Facebook «Auval spotter» (rien de moins). Alors c’est la semaine passée, semaine officielle de relâchement de bouteilles (appelé plus communément «release»), que j’ai compris qu’aucune Auval ne se rendrait dans mon coin de pays cette fois-ci. Navré de voir s’écouler, en direct sur les réseaux sociaux, le stock dans l’heure de réception chez la plus part des marchands spécialisés, je fondai mon seul espoir en une possibilité inattendue : Pâques! J’vous explique : ma conjointe vient du Bas-Saint-Laurent, territoire de patrimoine, d’air salin et de sacrées bonnes bières. Nul besoin de vous mentionner qu’à chaque congé, qu’il s’agisse de Noël, Pâques, Fête du travail ou des vacances d’été, on passe tout l’temps qu’on peut dans cette région. Et attention! Là j’me plains pas! On a beau devoir faire le tour d’la parenté, si drôlement (dés)soudée soit-elle, ça me permet d’avoir tout bonnement accès à une panoplie de joyaux du terroir. Fromagerie Les Basques, Les jardins de la mer de Kamouraska, Le Vieux moulin d’Sainte-Flavie et, vous l’aurez deviné : microbrasseries prisées telles que Tête d’Allumette, Ras l’bock et… Auval!

Alors bref, des sources secrètes m’avaient informé que la livraison devait être à Rimouski pour le Vendredi-Saint : juste à temps pour s’accorder avec le bon jambon au sirop d’érable de ma belle-matante! Ma blonde hésitant sur notre itinéraire à ce moment, j’ai usé de ruse pour la convaincre que nous devrions commencer par la grand-ville plutôt que par Saint-Perdu-dans-Vallée-du-Trou, village légendaire où y’a ni bière, ni réseau cellulaire qui vive. « Même qu’on pourrait partir à soir! » je lui proposai d’un trait après avoir remarqué qu’un confrère gustâteux rimouskois l’avait « untappée » dans la journée. Enfin, vous voyez le portrait… « Ben oui! Ça nous ferait plus de temps pour voir la famille! » de répliquer ma douce. Nous nous rendîmes donc éminemment dans ladite région-si-belle-mais-à-6-heures-de-route-de-chez-nous, pour me rendre compte que j’avais peut-être tout de même manqué le bateau à en juger par différents filons sur les interwebs. Je ne l’saurai que le lendemain puisque nous arrivâmes aux petites heures, comme d’habitude. À la première heure le vendredi matin (à l’ouverture même des dispensaires régionaux), nous partîmes faire une première ronde de dépistage des lieux. Rien nulle part. Semble même que certains spots l’avaient reçue, puis écoulée dans la même heure la veille! Le hype est bien réel, même en régions. Je commençais à perdre espoir. Puis, mon acolyte local m’annonça tout bonnement que les épiceries du coin (car on trouve de la Auval au IGA dans c’coin-là, oui oui) mettent au moins une journée complète avant de sortir une nouvelle bière sur les rayons! Le temps de la rentrer dans le système, d’imprimer les étiquettes de prix, etc… Mes yeux s’illuminèrent : rien n’était perdu! On fait donc un dernier spot avant de rentrer à la maison. Un dernier et non le moindre : en me renseignant j’apprends qu’ils ne l’avaient pas encore reçue, mais qu’une cargaison devait y être livrée aujourd’hui même. Quelle heure? « Sais pas. Appelle! » Alors bref nous revînmes bredouille avec la ferme intention de revenir un peu plus tard.

Le stress toé! J’ai pas appelé à toutes les demi-heures, mais j’y ai pensé! En fait, tout l’monde était ben fatigué d’sa nuite pas d’nuite fa qu’on a fait une grooooooooosse sieste, suite à quoi j’me su évidemment réveillé en sursaut! «Sais pas… APPELLE!», «Sais pas… APPELLE!» que j’entendais en répétition dans mon sommeil. J’me lève d’un trait pis j’me garoche su l’téléphone : «ÇA Y EST! C’EST ARRIVÉ!» que je m’écriai en réveillant toute la maisonnée. La patate qui pompe toé… J’me pitch su mon manteau, mes clés, mes bottes, j’rentre dans mon char, j’démarre pis… J’rentre dans un autre char à reculons. Ben non! J’me su rendu à temps au spot en question, mais j’me su un peu trouvé con. Je dois l’avouer. Tout ça pour 2 bières! Limite oblige. J’ai rien contre les limites là, faut c’qu’y faut pis personne n’était aussi cinglé que moi dans gang pour m’aider à obtenir le double du ratio par client… anyways! Était ben bonne là… C’pas ça! J’nous trouve juste vèdges de capoter d’même pour… d’la bière!?

Ça m’rappelle étrangement cette chasse aux oeufs de Pâques qui a viré en bataille générale il y a quelque temps à Laval. En ville ça s’est même déjà battu dans file d’attente lors d’un release ç’a l’air! Non mais… Faut r’tomber sur terre j’crois. Auval fait p’t’être d’la carême de Saint-crème de bonne bière, mais de là à retourner terre et mer pour en avoir!? De là à planifier l’itinéraire de son voyage en conséquence des spots qui en auraient «peu-être» reçu!? Ben honnêtement je trouve qu’il y a un certain non-sens dans tout cela. Même si! Bref, ce fut ma dernière chasse aux Auval… Jusqu’à la prochaine Fête!

Joyeuses Pâques là!

Share