La Pénélope, Le Naufrageur

Ce soir, après un jogging écourté et un après-midi de musique, je fais un arrêt au puits à l’épicerie. Pas le meilleur endroit pour me procurer une broue de qualité, j’en conviens. Paresse oblige, me voilà tout de même à tergiverser devant l’étalage brassicole d’une bannière, qui, à défaut d’offrir l’éventail complet de mes micros préférées, présente quelques-uns des classiques québécois des dernières années : McTavish, Yakima, MacKroken, etc.

Après moult hésitations (le choix d’une bière est-il plus intéressant que sa consommation ? ça reste à explorer…), je tranche pour une bouteille à ranger dans la catégorie des négligées.

Négligées, que dis-je, plutôt dans la catégorie des je-suis-tellement-habitué-de-la-voir-traîner-sur-la-tablette-du-haut-que-je-n’ose-plus.

La blonde Pénélope de la micro Le Naufrageur, de Carleton-sur-Mer.

Je dis négligée. Peut-être certains d’entre vous ne seront pas d’accord avec moi. Avec raison.

Car voilà un véritable prodige de la fermentation québécoise. Simple, efficace, complète, sans défaut majeur.

D’abord le nez. C’est franc : poivre et céréales tiennent le haut du pavé, la levure et le houblon sont discrets, bien balancés. Rien à redire.

Le palais, ensuite. Immédiatement, le souvenir de la célèbre Pilsner Urquell me vient en tête. Ce respect de proportions typiques des bières d’Europe de l’Est, avec une finale légèrement terreuse. Nous sommes avec la Pénélope en visite outre-mer. Très loin des IPA ou des Saisons si chères à la biérologie récente, plutôt dans le classicisme d’un brassin bâti sur l’équilibre et la prédominance des céréales.

À noter aussi cette étiquette sans flafla, bras enflammés levant leur verre devant une frégate en perdition accolée à une bouteille au format typique. Rien de grandiloquent, néanmoins on sent un véritable amour du travail bien fait. Ou, si vous préférez, de la bière bien brassée.

La micro Le Naufrageur, bien qu’elle ne propose que rarement des nouveaux produits (à moins que ceux-ci ne franchissent pas la distance les séparant du 514 ?), a le mérite de faire dans la qualité.

En accompagnement d’un barbecue tranquille, la Pénélope s’est avérée franchement rafraîchissante, au propre comme au figuré.

Chapeau bas, moussaillons !

Share