Singula Topaz, Monsregius

Un houblon à la fois, c’est le pari qu’ont fait Véronique Givois et Martin L’Allier, les propriétaires de la nouvelle microbrasserie de Saint-Bruno, lors de la confection de la série Singula. Une seule variété de houblon par brassin, cela afin d’en dégager les arômes particuliers, le tout construit sur une structure de Pale ale qui convient tout à fait à l’expérience.

La robe de la Singula Topaz est d’une belle couleur sable légèrement voilée, avec un collet timide mais persistant. Au nez je retrouve rapidement des effluves d’agrumes et de sapin, et même un côté genévrier qui est loin d’être désagréable.

En bouche c’est houblonné à souhait, très parfumé, et mon palais retient un goût mystérieux auquel je ne suis pas habitué. Sans doute ce goût émane-t-il du houblon utilisé ? La sensation, quoi qu’il en soit, titille ma curiosité, et me force à me lancer à la recherche de cette saveur perdue.

Le Topaz, donc, provient d’Australie. Jusque-là rien de bien surprenant ; les ingrédients qui entrent dans nos bières nous arrivent, depuis quelque temps, d’un peu partout. Et bien que les descriptions que l’on fait sur la toile de cette variété de houblon parlent de fruits exotiques et de lychee, ce n’est pas exactement ce qui a piqué ma curiosité. Plutôt un vague rappel de petits fruits, ou de liqueur de cassis…

Je demeure sur ma faim, et incidemment je reviens au site web de la brasserie Monsregius.

En page d’accueil on retranscrit une citation de Marcel Proust.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Marcel Proust est un auteur français du début du 20e siècle dont l’oeuvre principale, intitulée « À la recherche du temps perdu », traite des souvenirs d’un jeune homme, l’alter ego de l’auteur, qui grandit à l’ombre de la société mondaine de son époque.

Un roman soporifique à souhait, je vous l’accorde, et que j’ai tenté à de multiples reprises de lire, pour chaque fois m’arrêter quelque part entre la page 60 et la page 62. Une brique, je vous assure. Or, un des passages clés de ce roman se situe au tout début du premier tome. Le narrateur, dont le nom nous échappe, goûte à une madeleine — une sorte de petit gâteau —, qu’une de ses tantes a plongée dans une infusion. Élément déclencheur particulièrement émouvant (je blague…), ce gâteau trempé dans le thé va faire surgir chez le protagoniste un vaste réseau de souvenirs dont la description, passé la page 62, touche, semble-t-il, au sublime.

Voilà pour le roman (et désolé de vous avoir vendu le punch…) Pour en revenir à la bière, comme je ne retraçais toujours pas ce goût mystérieux qui avait agacé mon palais, je me suis dit : « Tiens, allons-y façon Proust ». J’ai plongé un Whippet dans mon verre et je me suis fermé les yeux.

C’est alors que j’ai eu l’illumination : il s’agissait du bleuet, le fruit caché, le goût indéfinissable que je n’avais jamais trouvé dans une bière, c’était celui du bleuet !

Immédiatement les souvenirs de mes voyages au Lac-Saint-Jean me sont revenus en tête, la pêche au doré sur les rives de la rivière Mistassini, les tartes de ma grand-mère, les visites au Festival Western, etc.

Plus sérieusement, l’expérience Singula Topaz s’est avérée pour moi des plus intéressantes ; le goût du houblon prend beaucoup de place, sans être pour autant en faire une bière déséquilibrée. Il s’agit de la boisson parfaite pour accompagner un fromage fin, ou la lecture de votre auteur favori.

De mon côté, je vous dirais bien que je me suis remis à Proust, mais ce serait faux, parce que franchement, ces temps-ci, je lis des policiers…

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