Skunky ou houblonnée, ta IPA?

Aujourdhui, je m’attaque à un grand tabou du monde brassicole : la bière skunky (ou déshydrohumulinisée pour les plus connaisseux). Comme on nous explique si bien sur wiki : « Quand la bière est exposée à la lumière, les isohumulones se décomposent en présence de riboflavine en 3-méthylbut-2-ène-1-thiol (un thiol à l’odeur nauséabonde, produisant le « goût de mouffette ») et en acide déshydrohumulinique. »

Comme plusieurs, j’ai déjà eu une époque « bière skunky » et ne désire en aucun cas porter de jugement face à ceux qui l’apprécient, au contraire. Et pis j’veux pas faire la passe du « Quand j’étais jeune… », mais faut c’qu’y faut : Quand jai commencé à m’intéresser à la bière spéciale, y’avait Heineken, Corona pis Stella. Quand on voulait payer moins cher, y’avait Moosehead. Puis, j’ai su que ce goût mouffetté, que j’affectionnais tant, n’était pas nécessairement souhaitable dans une bière… voire non désiré par celui qui la brasse!? Alors bref, comme plusieurs j’ai arrêté d’en boire… Jusqu’à la semaine passée.

Le tout commence quand j’achète une Petit détour tablette à mon dépanneur spécialisé. On m’avait parlé en bien de cette bière de Dieu du Ciel, mais j’avais repoussé sa dégustation à plus tard parce que je me disais qu’ça devait ressembler à L’herbe à détourne, en un peu moins bon (ce qui est loin d’être le cas). Bref, je passe à la caisse sans trop me demander si elle est fraîche ou pas, puis la place bien au frais dans mon petit frigo à bières en arrivant à la maison.

Un peu plus tard en soirée, j’ouvre la bouteille et me fais surprendre par une forte odeur, qui ne peut qu’être celle du houblon frais! Mais un houblon frais… skunky? Je m’empresse de prendre une gorgée : « Oh wow! Mais quelle sorte d’houblon frais c’est ça? » J’ai même rédigé (et presque publié) une critique de dégustation emplie de louanges et de bonnes intentions envers cette bière de nouveau genre, si surprenante et… décapante!

Le lendemain, je me rends au même dépanneur avec l’idée ferme de m’acheter une caisse de cet élixir divin. Mais pas n’importe quelle caisse : la dernière du fond. Celle qui est la plus au frais et au noir, évidemment. Première gorgée et je m’exclame : « Euuuh c’est pas du tout la même bière ça! » Elle est tout de même très bonne, voire excellente! Celle-ci me rappelle un joyeux amalgame de La Dernière Volonté et La Moralité. Je suis toutefois quelque peu déconcerté par la différence de cette bière par rapport à celle de la veille, qui avait vraisemblablement été exposée à la lumière et la chaleur sur ladite tablette (à son avantage ou pas, ça reste à déterminer).

J’ai donc décidé de faire l’expérience d’en installer une à la fenêtre afin de la laisser prendre le soleil toute une semaine (sacrilège, certains me diront), suite à quoi je la dégusterais à nouveau pour comparer. C’est plate à dire, mais c’était ça : la bière avait complément changé d’arômes et offrait maintenant une explosion de saveurs peu commune! La levure belge et le houblon skunky offraient un amalgame que je n’aurais jamais cru possible! Re-Wow! Je tiens ici à préciser que je ne suis pas du genre à faire exprès de scrapper mes IPA et je ne suis habituellement pas très content quand ma Yakima goûte la mouffette (j’ai d’ailleurs eu plusieurs jases à ce sujet avec mon fournisseur, qui manque parfois de frigos et a un surplus de lumière dans son local), mais là : c’était juste excellent!

Somme toute, une bière dans une bouteille brune n’est pas totalement à l’abri de la dégradation de ses arômes par la lumière ou la chaleur, mais puisque ce blog en est aussi un de repoussage des limites et de remise en question des standards de dégustation, je vais me faire un peu avocat du diable et vous poser 2 questions. Pourquoi ce serait si mauvais de boire de la bière skunky? Ok, on détruit le houblon, mais ton grain d’orge une fois rôti, y’est pas un peu détruit lui aussi? Pis ton malt une fois fermenté?

Qu’une bière devienne accidentellement skunky peut effectivement être désagréable, voire même fâchant lorsque l’on s’attendait à goûter un houblon bien fruité et floral, j’en conviens. Toutefois, de la même manière que certaines bières vieillissent bien alors que d’autres moins bien, une petite pointe de mouffette bien dosée peut parfois s’avérer surprenante dans un amalgame brassicole qui se prête bien au jeu! Je vous défie de l’essayer!

Santé!

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